Histoire intime de la V° république, le Sursaut - de Franz-Olivier Giesbert


Personnage haut en couleurs de l’Intelligentsia parisienne, très présent dans le PAF, Franz-Olivier Giesbert, (FOG pour les intimes … dont je ne suis pas !), journaliste brillant mais parfois nombriliste, commet avec « Histoire intime de la V° république – Le Sursaut » son 16ème essai politique et historique.


Comme l’annonce la 4ème de couverture écrite par l’auteur, Le Sursaut, est le premier livre d’une série de trois ouvrages visant à “essayer de comprendre comment notre cher et vieux pays a pu, en quelques décennies, s’affaisser à ce point, dans un mélange de déni, masochisme et contentement de soi, sur fond de crise existentielle”.


Les personnages principaux de ce premier tome sont le général de Gaulle, de retour au pouvoir en 1958, la France, l’armée et ses généraux, les ministres successifs, le tout dans un premier acte où se joue le destin de l’Algérie, colonie de la France depuis 1830. Dans une valse-hésitation dont le Général de Gaulle est le chef d’orchestre, la guerre d’Algérie durera de 1954 à 1962 faisant de l’Algérie une nation à part entière. Vu de l’Élysée, le devenir de l’Algérie est un échiquier sur lequel partisans de l’indépendance algérienne et conservateurs du statut de colonie se croisent dévoilant leurs intentions quand bon leur chante.


Face au peu de crédit qu’il accorde à la télévision comme aux journaux, le Général de Gaulle demeure énigmatique quand il le juge utile, et violent quand l’heure des comptes est venue. Une fois acquise l’indépendance de l’Algérie, le président de la République, selon l’auteur, se voit comme une sorte de reine d’Angleterre, juchée dans son ciel, œuvrant pour l’intérêt général, au-dessus des miasmes terrestres et de l’écume des jours (p. 243).


La constitution de la Vème République en sortira en 1958 et, en 1962, l’élection du président de la République au suffrage universel. Viendront ensuite les grandes décisions, la bombe atomique et le nucléaire, la construction européenne conçue par de Gaulle n’ayant pour leaders selon lui que l’Allemagne d’Adenauer et la France qu’il incarne.


Après ses grandes heures, l’âge y contribuant, le président de la République ne verra pas s’avancer jusqu’à lui un pays qui lui est étranger.


Les livres de Franz-Olivier Giesbert ont la particularité de ne jamais se ressembler. D’une œuvre à une autre, le lecteur découvre un écrivain passant d’un thème à un autre, ses intrigues comme ses réflexions étant les miroirs d’un talent où l’éclectisme tient à être roi. Avec Le Sursaut, la décolonisation de l’Algérie, ses motifs, ses coups de théâtre orchestrés par le Général de Gaulle et autres changements d’angles ouvrent un débat où hommes politiques et Histoire se jouent de leurs vis-à-vis.


Les têtes de chapitres se veulent inattendues à souhait et y réussissent : après Le Führer vous salue bien, surgissent Le principe de l’andouillette, Les carottes sont cuites, Le double jeu du Général en tournée des « popotes » pour n’en citer qu’une poignée. Le personnage du Général de Gaulle va et vient, tantôt grandiose et magnifique, tantôt disciple de Machiavel, écrasant sur son passage médiocres et rêveurs, qu’ils fussent ministres ou généraux en déroute. Avec le chapitre 27 et les suivants, le Général gagne enfin des points et une hauteur de vue lui donnant sa place dans l’Histoire de notre pays. Mais jusqu’à quand ?


Plus le livre avance et plus le fiel de l’auteur prend de l’épaisseur. L’antigaullisme de l’auteur devient si fort que son acharnement lasse d’autant plus que les jeux semblent faits dès les soixante premières pages.


En voici un exemple : « Alors que la guerre d’Algérie est en train d’achever la IVème République, l’heure est pour lui (de Gaulle) à la duplicité, voire à la rouerie, pas à la sincérité. Il est temps de tordre le cou à la légende absurde d’un de Gaulle découvrant en marchant sa vérité sur l’Algérie. Une légende reprise dans beaucoup de biographies, et qui vise à représenter le saint homme comme un puits d’honnêteté intellectuelle. (p.53-54) Tout prouve le contraire. »


La haute politique ne fait pas dans la dentelle, soit ! Mais comment font Suisses et Luxembourgeois (pris au hasard) pour vivre épanouis dans un monde qu'ils n'ont pas la prétention d'éclairer ? Et nous, Français, qui disposons heureusement de l'arme nucléaire, de la faculté de commercer avec le monde entier, d'exposer universellement cette philosophie humaniste dont nous avons toujours montré l'exemple, sommes-nous devenus assez mûrs pour oublier notre grandeur et considérer plus modestement que l'équilibre planétaire est de plus grande importance ?


En somme FOG fait avec ce livre du Franz-Olivier Giesbert pur jus. Un livre à la fois intéressant parce que bien documenté, éclairant parce que visionnaire, mais aussi agaçant parce que plein de parti pris dès la première page du livre !


Un livre à lire donc mais avec le recul nécessaire !


Bonne lecture de début d’année, alors que la campagne présidentielle se profile à l’horizon des prochaines semaines.


Pascal François


Histoire intime de la V° république, Le Sursaut – Franz-Olivier Giesbert – Ed Gallimard – 11/2021 – 360 pages


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