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La nuit est tombée sur Dakar - d'Aminata Zaaria


Où allons-nous ? Au Sénégal


À quelle époque ? Dans les années 90


Venez, je vous raconte de quoi il est question :

Dans La nuit est tombée sur Dakar, aucune brume enchanteresse ni lumière tamisée ne viendront agrémenter votre voyage littéraire autour de la capitale sénégalaise. Oubliez vite tous les clichés mélancoliques que vous avez pu lire sur la ville tentaculaire.


Aminata Zaaria (ou encore Ndèye Takhawalou), dont le vrai nom est Aminata Sophie Dièye, est décédée dans la nuit du 17 au 18 février 2016, à l’âge de 42 ans. Personnalité hors du commun, journaliste, dramaturge et romancière, elle laisse une œuvre littéraire francophone composée de deux romans, de nombreuses chroniques pour L’Obs (un journal très lu au Sénégal), des nouvelles et des pièces de théâtre.


Femme insurgée contre le fatalisme, la pauvreté et la condition féminine dans son pays, elle nous offre ici un premier roman coup de poing qui ne laisse en rien les lecteurs indifférents.


« Une femme est comme un marchand d’ombres, elle doit engranger ses bénéfices avant le crépuscule puisqu’au coucher du soleil, personne ne veut plus de sa marchandise. » (P.13)


Voici donc l’histoire malheureuse et si commune de deux jeunes filles, deux amies de dix-sept ans : Dior Touré et notre narratrice. Elles sont Sénégalaises, ambitieuses et viennent d’obtenir leur BEPC. Mais voilà, elles habitent un petit village dans les terres, à 70 kilomètres de Dakar. Et le lycée le plus proche de chez elles se trouve à 50 kilomètres de là. Déjà, ce n’a pas été une mince affaire pour que les familles acceptent de les scolariser, elles, des filles. Heureusement qu’une ONG belge distribuait à l’époque trois kilos de riz aux parents qui présentaient un certificat de scolarité en bonne et due forme.


« Pour les filles, il ne reste que la possibilité de se marier à des immigrés ou à des toubabs si elles ont assez de culot pour affronter le mépris d’une société qui condamne les mariages mixtes. » (P.22)


Dior Touré rêve de la capitale. Depuis quelques mois, elle entretient une relation sexuelle avec un homme de trente ans son ainé. Un « blanc » du nom de Paul Grenelle, propriétaire de la seule maison d’édition du pays, et basé à Dakar. Une fois par semaine, le vieil amant s’arrête à quelques kilomètres du village des jeunes filles. Dior Touré le rejoint discrètement.


« Paul Grenelle débarque vers dix-sept heures avec des magazines féminins, des boissons et des gâteaux comme on n’en trouve qu’à Dakar. Ils s’installent dans la voiture et Dior lui taille une pipe jusqu’au coucher du soleil. Ce n’est pas une grande histoire d’amour, mais ma copine ne rêve pas non plus d’une passion dévorante.» (P.16-P.17)


La vie n’est pas beaucoup plus idyllique pour la narratrice. Elle vit seule avec sa mère. Son père est porté disparu depuis l’époque où elle était encore dans le ventre de sa mère. Il se raconte qu’il vivrait à Libreville, ayant fui le pays après une histoire d’escroquerie, et sa tête affichée à la Une de tous les journaux du pays.


« Les bonbonnes de gaz Shell étant un luxe réservé aux plus nantis, les femmes partent chaque matin chercher dans la savane le bois qu’elles ramènent en d’énormes fagots posés sur la tête. Ce sont elles aussi qui arpentent plusieurs fois dans la journée le chemin du puits avec de lourdes bassines remplies d’eau pour l’usage des hommes. Ces derniers se réservent le travail de la terre et comme la saison des pluies ne dure que trois mois, ils sont la plupart du temps oisifs et passent donc leurs journées sur des chaises longues, sous les arbres-à-palabre. Mais la vie n’est clémente pour personne à Lëndëm. » (P.33)


Au début du roman, la narratrice entretient une relation avec un homme de trente-cinq ans, Peter Diop. Un dealer de cannabis qui a déjà fait de la prison pour trafic de stupéfiants. Un personnage fort peu positif pour elle et avec lequel elle finit par rompre, poussée par son amie d’enfance.


« Ce connard s’est fait coincer bêtement dans une histoire de drogue à dix-huit ans. Afin de se payer des fringues, il achetait de l’herbe à Samba, le plus grand producteur de Lazaret, et la revendait aux autres élèves. Il n’ét