La rivière des disparues - de Liz Moore


Liz Moore, américaine de 38 ans, en plus d’être une auteure de talent, est musicienne et professeure à l’université Holy Family de Philadelphie. Elle signe là son quatrième ouvrage dont deux ont été traduits en français.


Avec ce nouveau roman, elle nous plonge d’emblée au cœur du quartier le plus sordide de Philadelphie, Kensington, lieu de drogue, de prostitution, de trafics les plus atroces, où les malheureux survivent pour se shooter avant de mourir dans l’indifférence du reste de la ville. La crise des opioïdes fait rage à Kensington et, d’années en années, progresse sans que l’on puisse y remédier. Liz a découvert ce quartier en 2009 alors qu’elle accompagnait le photographe Jeffrey Stockbridge pour un reportage. Dès lors, cette histoire a germé en elle et la voici.


Nous sommes en 2015. Michaela, surnommée Mickey, 32 ans, maman d’un petit Thomas, est inspecteur de police depuis 13 ans et patrouille dans le secteur de Philadelphie le plus sordide, Kensington.


Elle a une sœur, Kacey, plus jeune qu’elle de deux années, qui a sombré dans la drogue dès l’adolescence et qui vit dans ce lieu de perdition. Elle se prostitue pour obtenir sa dose quotidienne et subit les maltraitances dues à cette vie.


Les deux sœurs ont perdu leur mère lorsqu’elles étaient petites et le père a disparu de la circulation. Elles ont été élevées par leur grand-mère maternelle, Gee, une femme dure, qui déteste son gendre qu’elle accuse d’avoir tué la mère des deux petites. Pas de câlins, pas de douceur, aucun encouragement pour quoique ce soit.


Mickey aperçoit régulièrement sa sœur lors de ses patrouilles mais ne peut l’aider car celle-ci le refuse. Dans le passé, elle a accepté de suivre des cures de désintoxication mais elle a toujours replongé. Nous vivons le désarroi de ces drogués, qui luttent pour leur dose tout en souhaitant, lors de moments de lucidité, sortir de ce cycle infernal.


Le récit alterne le présent et le passé et nous découvrons ainsi l’enfance des deux sœurs, les liens forts qui les unissaient jusqu’à ce qu’elles choisissent des chemins opposés.


Un jour, Mickey est appelée sur les lieux d’un homicide. Une jeune femme a été assassinée dans des conditions atroces. L’enquête commence à peine qu’un autre corps est découvert. Les femmes de Kensington sont visées, population si fragile et donc si facile à abuser.


Un serial-killer sévit dans ce quartier et personne ne parle. On n’aime pas la police à Kensington.

Lorsque Mickey se rend compte qu’elle n’a pas aperçu sa sœur depuis plusieurs semaines, elle questionne, elle patrouille… Sans succès. Ni sa famille ni ses collègues du PPD ne vont l’aider. L’angoisse grandit et Michaela est prête à tout.


Va commencer alors une recherche active, une course contre la montre pour tenter de sauver Kacey, sans tenir compte des dangers et des menaces qui fondent sur elle.


Ce livre est plus qu’un thriller. C’est aussi l’histoire d’un drame familial sur fond de drogue. L’écriture de Liz Moore m’a embarquée dans le récit de la vie des deux sœurs. Tout semble les séparer et pourtant il existe des fils ténus qui pourraient de nouveau les unir. Quel chemin choisir ? Peut-on tout pardonner ?


Parallèlement, on vit les difficultés de Mickey au sein de l’unité de police. Le machisme, les moqueries, sans compter que, lorsque les éléments de l’enquête se précisent, l’unité se referme sur elle-même et il faut faire le silence sur les preuves au grand dam de notre enquêtrice. Que faire contre la corruption ?


Le style de l’auteure est addictif. J’ai couru après les mots tant la vie de Michaela et Kacey m’a happée. Les situations sont dures et sans issue pour beaucoup à Kensington. Cependant, il faut croire à la jolie fleur qui, de temps en temps, pousse au milieu des chardons. Même s’il n’y en a qu’une, elle est précieuse et c’est l’espoir qui renaît.


Un vrai coup de cœur pour moi !!


Françoise Fesneau


La rivière des disparues – Liz Moore - Duchet-Chastel


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