• Françoise Fesneau

Le cinquantième livre - de Pierre Martial



Vous ne connaissez pas Pierre Martial ? Alors je vous conseille de réparer cela au plus vite !


Cette personne hors du commun, après des études de lettres au Lycée du Parc dans la région de Lyon, quitte tout à 17 ans pour parcourir la France. Seul. Pas si seul en fait car il a en lui l’amour de la littérature, de l’écriture, du théâtre et surtout : l’amour de l’autre, l’amour des autres.


Cette « cavale » à travers la France va durer sept années au cours desquelles il exercera tous les métiers et côtoiera tous les milieux.


Désirant garder sa liberté « de tout », il devient journaliste en free-lance pour Libération. Il publiera sur les sujets qui le touchent : la pauvreté, l’exclusion, les injustices… C’est aussi un chroniqueur de livres, un organisateur de salons etc. Il est sur tous les fronts.

Écrire, écrire, écrire… Et si bien !


C’est ainsi qu’il devient un défenseur des oubliés, des laissés pour compte, des accidentés de la vie, de ceux qui crient mais que l’on n’entend pas. Et si nous l’écoutons bien, nous pouvons les entendre à travers lui et ses actions.


Pour en savoir plus sa vie, sa vision du monde, son histoire, retrouvez l'interview de Pascal François paru également aujourd'hui sur le blog : https://www.au-plaisir-de-lire.com/post/pierre-martial-écrivain-journaliste-et-militant-interviewé-par-pascal-francois


Le cinquantième livre est l’histoire d’Ernest Hérisson. Il naît à Paris, quartier Montmartre et grandit auprès de sa mère, sans avoir connu son père qui les a abandonnés à sa naissance. Sa mère vend des livres sur les quais de Seine et c’est ainsi que ses jouets seront des livres. Son amour pour ces derniers grandira au fil des années.


C’est tout naturellement qu’à 30 ans, suite à un concours de circonstance fantastique, il louera une petite boutique, pas loin des quais, toujours dans son cher quartier de Montmartre. Cet endroit devient le refuge de milliers de livres. Et la vie s’écoule ainsi pour son plus grand bonheur.

Il reste seul lorsque sa mère s’éteint. Plus de famille, pas de femme, pas d’enfant. Il ne ressent pas cela comme un manque car il a un bijou : sa librairie et ses chers livres. Au fil des années, il devient un personnage incontournable du quartier. Ses clients deviennent ses amis. Un lui est particulièrement proche : un homme, documentaliste à la retraite, que l’on appelle « le professeur » car un jour, grâce à sa grande culture, il a gagné un jeu radiophonique. Il fait référence en tout dans Montmartre.


Il y a Madame Bouchira, une habitante du 1 bis place du Tertre, rez-de-chaussée. Melle Rosa, une ex reine de la nuit montmartroise, occupe, elle, le 1er étage. Le professeur lui est au 3ème. Et beaucoup d’autres, vous le verrez au fil des pages.


Un après-midi, un chien entre dans l’échoppe d’Ernest et un bel amour va naître entre ces deux-là. Ce sera son compagnon de vie.

Les années passent et notre cher libraire va bientôt fêter ses 80 ans ! Toute une vie au service des livres et de la lecture ! Mais….


Quelques jours avant son anniversaire, Ernest reçoit, au milieu de son courrier, une lettre. On ne sait pas de qui, on ne sait pas de quoi mais elle l’effraie tant qu’il décide, pour la première fois de sa vie, de partir au plus vite de sa librairie. A la cloche de bois comme on dit…


Et nous le retrouvons qui prépare son départ : une carriole, 50 livres dessus, quelques restes alimentaires et son chien. Et voilà notre vieux qui commence son périple.


Ce périple sera fait de souffrances, de peines et aussi de joie. Ernest découvre le monde, lui qui n’a jamais quitté Montmartre ! Le monde, un bien grand mot pour nous car il s’arrête en banlieue ! C’est là qu’il découvrira une solitude bien rude, la violence, mais surtout l’amour, l’attachement. Je n’en dis pas plus….


On peut penser que ce livre est une ode à la littérature, aux livres, bien sûr. Moi, j’y vois plus que cela. J’y vois le combat d’un groupe de personnes pour en sauver une autre, j’y vois une solidarité à toute épreuve, j’y vois de l’amitié, de l’amour. L’entourage d’Ernest volera à son secours et lui-même, tout en étant en perdition, va secourir aussi quelqu’un qui vit une épreuve qui est malheureusement toujours et encore d’actualité. Il faut aller au-delà de ce récit où Pierre Martial nous décrit une société où nous n’avons pas tous la même place. Pour autant, il ne tombe jamais dans le pathos, dans la critique des uns par rapport aux autres. C’est à chacun de réfléchir à ce qu’il y a autour de lui, à chacun de poser une pierre, que dis-je, un livre, à l’édifice commencé par Pierre Martial.


Ce que je vois dans ce livre, c’est la vie de Pierre, ses combats. Nous savons qu’il y a des exclus mais ce n’est pas pour cela que l’on y pense, que l’on mène des actions. On se dit qu’il y a des gens qui le font. Tout reste anonyme et nous dormons sur nos deux oreilles. Alors que Pierre, en distribuant ses livres dans la rue, en manifestant pour que la liberté d’expression ne soit pas étouffée, nous donne envie de bouger. Et jamais il ne juge ! Jamais !


Si vous êtes ici, en train de lire ma chronique, c’est que vous aimez les livres. Aimez celui-là ! Il est d’une telle douceur malgré les événements que vous serez heureux.


Et qui sait, un jour, au détour d’une rue, vous pourrez croiser Pierre, penché sur une personne allongée sur un banc. Il sera en train de lui lire un poème, une histoire ou même de lui proposer un livre. Car, qui que l’on soit, où que l’on soit, le livre reste universel.


Françoise Fesneau


Le cinquantième livre - Pierre Martial - éditions Victor H - 09/2020 - 378 pages

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