Le prince aux deux visages - de Gilbert Sinoué


Gilbert Sinoué, auteur de nombreux romans historiques, livre avec « Le Prince au deux visages » un nouvel ouvrage romancé sur la vie de Lawrence d’Arabie. Nous avions déjà publié de l’auteur en Avril dernier La nuit de Maritzburg qui évoquait la jeunesse de Ghandi.


L'idée de départ est intéressante : en 1962, Savarus, historien, et son épouse psychiatre, assistant à la projection du film de David Lean, «Lawrence d’Arabie » se font bousculer par un autre spectateur, Alan Carswell qui juge que ce film est un tissu d'âneries, pur produit de Hollywood, car lui a bien connu Lawrence autrefois.


Il va éveiller la curiosité de Savarus, en le dirigeant vers des auteurs, biographes qui n'ont eu de cesse d'écorner l'image du mythe. On va alors suivre son parcours à la recherche de la « face cachée », c'est-à-dire sombre et peu glorieuse du héros.


L'auteur revient sur l'enfance de Thomas Edward Lawrence, fils de l'union illégitime de Thomas Chapman (marié et père de quatre filles, dont l'épouse refusera toujours le divorce) et de Sarah Junner, elle-même enfant illégitime. Enfance compliquée, avec de multiples déménagements, chaque fois que l'illégitimité était arrivée aux oreilles du voisinage.


Deuxième de la fratrie, il a subi l'éducation ultrareligieuse de sa mère, toxique comme on dirait de nos jours, avec maltraitance physique et psychologique.


L'auteur, via Savarus et d’autres biographes, attribue à cette maltraitance le côté quelque, peu maladif de Lawrence, son attirance pour les châtiments corporels, son rejet du corps, et ce qu'il pense, son homosexualité… il n'hésite pas à justifier ainsi un viol, en 1917 lors d'une mission à Deraa, ville de Syrie proche de la frontière jordanienne, mais ce viol a-t-il vraiment existé ?


On va suivre son épopée en Orient, où il embrasse la cause des Arabes, les poussant à se révolter contre le joug turc, révolte dont l'Europe ne se préoccupe guère, puisque sont scellés en traitre les accords de Sykes-Picot.


On sait bien que les politiciens n'ont pas respecté leurs promesses aux Arabes qu'ils considéraient comme des « tribus arriérées », et on suppose que T.E. Lawrence devait être gênant pour eux, mais de là à fantasmer sur son éventuel assassinat, il y a peut-être un pas ?


On rencontre dans le livre de nombreux personnages de Churchill à Weizmann futur président de l'état d'Israël, qui a fui les pogroms tsaristes avec d'autres Juifs qui formèrent les premières colonies.


Beaucoup de jeunes gens au début du XXe siècle ont eu des envies d'ailleurs, pour se rendre utiles, à une cause ou simplement une raison de vivre, Gauguin, Loti, Byron, Monfreid ou Alexandra David Neel…


J'ai aimé suivre les traces et les combats de T.E. Lawrence, magnifiquement décrits par l’auteur, qui nous rappellent à quel point l'histoire du Moyen-Orient est méconnue des occidentaux.


Par contre, Gilbert Sinoué dresse un portrait noir visant à faire descendre de son piédestal Lawrence d’Arabie. Je préfère garder l'image de l'homme au Keffieh, qui lui sied à merveille, à la « prima dona névrosée » que nous propose l’auteur. J’ai encore en tête le visage de Peter O'Toole…


Cette lecture a été plaisante, à plus d’un titre. Comme à chaque fois Gilbert Sinoué documente beaucoup son travail. Le travail romanesque embarque le lecteur dans une lecture agréable et facile. Enfin les détails historiques permettent de redécouvrir une part de notre histoire (les accords Sykes-Picot) où France et Grande-Bretagne se sont partagés le gâteau et dont on a beaucoup reparlé avec les guerres et Syrie et Irak…


Une belle lecture pour découvrir ou redécouvrir le fameux et célèbre Lawrence d’Arabie.


Pascal Francois


Le Prince au deux visages – Gilbert Sinoué – Ed L’Archipel – 11/2021 – 280 pages

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