• Pascal Francois

Rencontre d'Auteur : Delphine Horvilleur, écrivain, philosophe... et femme Rabbin !


Les éditions Grasset et la librairie Mollat de Bordeaux ont organisé une rencontre d’auteur autour de Delphine Horvilleur, à l’occasion de la sortie de son dernier livre « Vivre avec les Morts ». Au Plaisir de lire y a assisté.


Delphine Horvilleur, encore peu connue du monde littéraire, écrivain, philosophe, est aujourd’hui avant tout une femme rabbin. Cela mérite d’être souligné tant par la rareté d’une femme dans cette profession, que par la singularité que cela entraine dans sa vision du monde, des choses, de la société, son rapport à la vie et à la mort.


Issue d’une famille survivante de la Shoah, née à Nancy, Delphine Horvilleur commence des études de Médecine à Jérusalem qu’elle ne termine pas ; et poursuit par le CELSA en vue de devenir journaliste. Elle travaille quelque temps pour France Télévision avant de changer de nouveau de voie et entame des études rabbiniques à New York où elle finit par recevoir sa semikha, l’ordination rabbinique.


En dehors de son travail d’accompagnement d’une communauté juive dans les bons et difficiles moments de la vie, Delphine Horvilleur conduit un travail de réflexion, a fondé un cercle d’étude juif, rejoint le mouvement juif libéral de France, a créé une revue « la Tenoua », prend position publiquement sur le fondamentalisme religieux, sur les dangers de l’interprétation littérale des textes.


Ce nouveau livre « Vivre avec les morts » est pour l’auteure, est à la fois une continuité et une rupture. Une continuité car il est dans la lignée de ses précédents ouvrages tournant tous autour du judaïsme avec des thématiques comme la pudeur, le dialogue inter-religieux, mais il est également une rupture comme elle le précise : « avec Vivre avec les Morts je suis sorti du registre de l’essai, qui me cachait derrière la science, pour moi le Talmud. Ce livre est pour moi un dévoilement plus autobiographique, un mixte de rencontres liées au deuil et d’évènements plus personnels ».


Le livre explore différentes facettes de la mort au travers de 11 destins de vie, de funérailles, de deuils.


La conception juive de la mort dédramatise le sujet. D’ailleurs le cimetière s’appelle en en hébreu la maison des vivants ! « Au travers de la mort de quelqu’un on peut raconter sa vie pour qu’elle prenne le pas sur sa mort. Il y a une leçon juive sur la mort qui est une particularité historique et théologique » « parce que la mort est là on tient un discours de vie » rappelle l’auteure. « En toute circonstance on célèbre la vie : c’est le célèbre « ehaim » quand on boit un verre de vin ! »


Pour l’auteure, le rapport à la mort est avant tout une histoire de transmission entre générations. Quelle trace laisse-t-on ? Que font ceux qui restent de la lumière de vie qu’a laissé le défunt de son vivant ?


Le sujet de la mort d’enfants est aussi traité dans le livre avec le cas du petit Isaac à qui l’on parle de son frère décédé en des termes qu’il ne comprend pas. Les enfants prennent nos métaphores (" il est parti au ciel" … « alors pourquoi on vient de l’enterrer? »…) au sens premier du terme et ne comprennent pas nos messages.

« On est tous mal à l’aise avec ce sujet, les mots semblent faux car ils cherchent avant tout à calmer des angoisses » nous dit Delphine Horvilleur. Les paroles sont souvent contreproductives : « les meilleurs partent toujours les premiers » - « C’est mieux ainsi » -.


La Consolation ne peut pas être réparation. On ne répare pas une mort, on vit avec. « La consolation commence quand on comprend qu’on ne peut pas recoller les morceaux d’une vie brisée ».


Pou Delphine Horvilleur, l’histoire juive est marquée à tout jamais par le deuil collectif, notamment celui de la Shoah dont on ne se consolera jamais. Il fut être digne de ce passé que l’on porte en nous, car nous sommes tous des héritiers de ce drame. « J’endosse l’héritage de leur survivance » Et je pense souvent au parcours de vie de Simone Veil, survivante de la Shoah, qui mena toute sa vie un combat de justice


Considérée comme une rabbin laîque, l’auteure considère cela être une chance. Car la laïcité est pour elle un cadre toujours plus grand que la croyance religieuse et permet donc à celle-ci de s’exprimer, quel que soit la religion.


En fait ce livre Vivre avec les Morts est une ode à la vie, à la tolérance et va au-delà du fait religieux. Il montre que le monde ne peut se réduire à deux catégories : les croyants et les non croyants mais qu’il se répartit entre ceux qui font place aux autres et ceux qui ne le font pas, quel que soit la religion. "Vivre avec les morts" est probablement une belle lecture, étonnante, car elle nous ouvre à un judaisme différent. Bonne lecture !


Attention : livre non lu – article rédigé sur la base des propos tenus par l’auteure lors de la rencontre.


Editions Grasset - 03/2021 - 234 pages


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