top of page
  • Photo du rédacteurPascal Francois

Sélection Rentrée Littéraire APDL : Enfant de salaud - de Sorj Chalandon


« Enfant de Salaud ou Enfant de héros », tel était le thème de l’émission de rentrée La Grande Librairie animée par François Busnel, en résonance au dernier roman de Sorj Chalandon, Enfant de salaud.


Car il est des filiations difficiles à porter et perturbant une existence pour la vie.


Difficile d'apprendre que son père a collaboré avec l'ennemi allemand pendant la seconde guerre mondiale. Difficile de découvrir que son père est passé maître dans l'art du mensonge. Difficile de porter un tel fardeau toute une vie…


Dans un chassé-croisé qui mêle le présent et le passé, l’auteur fait résonner l’histoire en nous la proposant en mémoire. De la déportation des enfants d’Izieu, au procès pour l’histoire de Klaus Barbie, Sorj Chalandon appelle à la barre les avocats Serge Klarsfeld et Jacques Vergès pour illustrer en négatif sa propre histoire.


Après les révélations de son grand-père « C’est un enfant de salaud, et il faut qu’il le sache ». Après celles de son père sur la messagerie de son portable car incapable de lui dire en face, la vérité nue éclatera un matin de 2020 lorsque l’auteur retrouve un document judicaire français datant de 1945 condamnant son père « pour trahison contre la sûreté nationale ».


« Tes mensonges m'avaient fait tellement de mal que la vérité ne pouvait être pire » ( p131)


A partir de là, Sorj Chalandon, qui couvre pour le journal Libération le procès de Klaus Barbie, auquel il permet à son père d’assister, découvre la vie de son père pour comprendre ce qui s’est passé : du jeune engagé de 1940 dans l’armée française pour défendre son pays à celui qui intègrera la légion tricolore française de Pétain, et deviendra Waffen SS en passant par la division Charlemagne.


Il comprendra bien plus tard au travers du dossier judiciaire qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant les récits de son père. Ce dernier, menteur, manipulateur, mythomane, enfile les uniformes comme des costumes de théâtre, s'inventant chaque fois un nouveau personnage, écrivant chaque matin un autre scénario pour se donner bonne conscience.


L’auteur fait revivre avec minutie : les débats du procès Barbie, l'indifférence, l’absence même de ce dernier, le cynisme de Jacques Vergès son avocat, toutes les émotions, toutes les souffrances des victimes venues témoigner, et la plaidoirie de Serge Klarsfeld qui fait revivre avec sensibilité les 44 enfants sacrifiés. Une plongée dans l'histoire douloureuse de la France de la Seconde Guerre mondiale. Et à mesure que se déroule le procès Barbie se déroule aussi celui de son père, qui changeait d'uniforme et de camp, en brouillant les pistes. Quand Barbie doit répondre de ses crimes de guerre, son père doit répondre à ses propres questionnements sur lui.


L’auteur a choisi de construire son roman en mettant en parallèle ces deux destins : celui de Klaus Barbie et de son père. Il propose ainsi au lecteur d'associer les plus intimes et les plus forts des sentiments aux faits historiques. Au-delà de la question de savoir ce que nous aurions fait dans de telles circonstances, c'est la relation père-fils qu'il creuse.


Car le fond du roman est là. Bien au-delà des faits historiques, des drames de la seconde guerre mondiale, c’est l’impossibilité de construire une relation filiale et paternelle quand le père est un salaud qui n'a jamais pu assumer son rôle d'homme, de père pour protéger de façon simple et ordinaire son enfant.


Enfant de Salaud, est un roman de l’intime, magnifiquement écrit avec des mots simples, un livre sensible qui permet au lecteur d'être ému, effaré et subjugué à la fois. C’est un roman qui témoigne de l’indicible, de l’inadmissible : l’absence d’humanité, qu’elle soit celle de Klaus Barbie, ou celle d’un père pour son fils.


Bonne Lecture, avec un des grands romans de cette rentrée Littéraire.


Pascal François


Enfant de Salaud – Sorj Chalandon – Grasset – 08/2021 – 336 pages






144 vues0 commentaire

Comments


bottom of page