Suite Française - d'Irène Nemirovsky


Je recommande absolument ce court roman, best-seller et chef d’œuvre de la littérature française. Il m’a été donné il y a quelque temps pour m’occuper lors d’un voyage en train. Je n’ai pas été trop convaincue au départ par le thème de la seconde guerre mondiale, que je trouve pour ma part trop triste pour être divertissant.


Pourtant, dès les premières pages, j’ai été absolument séduite, au point que Suite française est devenue un de mes romans préférés, autant pour le texte en lui-même que pour la vie tumultueuse et passionnante de son autrice.


Irène Némirovsky, une vie hors du commun


En effet, Irène Némirovsky, issue d’une riche famille de banquiers russes, juive, émigre en France dans la première moitié du XXe siècle pour fuir les bolchéviques. Sa vie parisienne est alors plus ou moins faite de fêtes et de paillettes jusqu’à son mariage et la naissance de ses deux filles : c’est alors le temps de l’écriture et des succès fulgurants, comme David Golder qui la lance chez Grasset. Son amour pour la France transparaît dans ses ouvrages, superbement rédigés. Tout semble alors parfait pour cette auteure reconnue, malgré certains aspects plus sombres de ses textes et de sa vie, comme la haine d’une mère qui refuse de vieillir et ne pense qu’à sa beauté, ou son rapport complexe à la judéité.


Cependant, à l’aube de la seconde guerre mondiale, la réussite et l’intégration à la France sont telles que, à tort, Irène et son mari se sentent protégés de l’horreur nazie. Ils prennent conscience trop tardivement du danger encouru, et, avant d’être déportés à Auschwitz, n’ont que le temps de cacher leurs filles qui, elles, survivront.


Suite Française, Prix Renaudot à titre Posthume, 62 ans après la mort de l'autrice !


Irène Némirovsky confie à son aînée une valisette qui contient le manuscrit inachevé de Suite française, que l’auteur considérait comme son chef d’œuvre, ramassé en minuscules caractères presque illisibles. Un mois plus tard, elle meurt du typhus en camp de concentration, à trente-huit ans. Sa fille ne trouvera la force de retranscrire minutieusement le manuscrit inachevé que des décennies plus tard. Suite française recevra le Prix Renaudot à titre posthume en 2004.


Pour en revenir au livre, dont un film a été tiré en 2014, il est particulièrement limpide et aisé à lire, tout en étant passionnant. Il comprend une galerie de personnages unis par la grande Histoire, qui se retrouvent d’abord sur les routes lors de la défaite française pour fuir les Allemands : c’est l’exode (première partie de l’ouvrage), puis, lors de l’Occupation, dans le village de Bussy qui voit arriver les occupants allemands (seconde partie). Lucile Angellier, dont l’époux est prisonnier en Allemagne, et sa sévère belle-mère, doivent héberger un officier allemand dans la maison qu’elles partagent. Alors que la vieille dame refuse de parler à Bruno von Falk, Lucile et ce dernier vont se retrouver unis par leur passion des livres et de la musique. On ne dévoilera pas la fin de cette histoire...Au-delà de l’histoire d’amour naissante entre eux, qui rappelle un peu Le silence de la mer, Irène Némirovsky montre avec finesse comment les habitants asservis réagissent sous l’occupation, entre lâcheté et solidarité, et cherchent à conserver, en toutes circonstances, un peu de dignité.


Ce qui m’a plu également, c’est que l’on ne s’ennuie pas, sans qu’il y ait pourtant une action trépidante non plus.


Isabelle Roux


Suite française – Irène Némirovsky – éd. Denoël - 2004


Prix Renaudot 2004

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