L'homme qui peignait les âmes - de Metin Arditi


Ecrivain suisse francophone d’origine turque, Metin Arditi, scientifique de formation, ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO depuis 2012, vient de publier en Juin aux éditions Grasset son dernier roman « L’homme qui peignait les âmes ».


Romancier prolifique, conteur hors pair, Metin Arditi nous livre un captivant récit qui touche de plusieurs manières à sa propre biographie. Son héros, comme lui, est juif. Il devient orthodoxe, univers religieux familier pour l’ancien chroniqueur de La Croix. Il se trouve au cœur des affrontements, en Palestine, sujet dans lequel l’auteur s’implique au travers de sa fondation Les instruments de la paix.


L'histoire commence à la fin du XI° siècle : alors que son père vient livrer à un monastère les poissons qu'ils ont pêchés tous les deux, Avner ressent une forte émotion lorsqu'il voit pour la première fois une icône mais aussi en entendant les chants orthodoxes : « On y voyait trois personnages assis, le regard baissé. Le fond de l'icône brillait comme de l'or, et il émanait des visages une expression de grande douceur. »

Il a alors quatorze ans, et tout va changer pour lui : il veut peindre des icônes, lui-aussi, au grand dam de son père. Ce dernier lui donne le choix : « si tu veux représenter ainsi Dieu, quittes la maison et ne reviens jamais plus ». Avner résiste devant cette manifestation d'intolérance qui le fait beaucoup réfléchir, mais il décide de partir, afin de suivre son destin.


Il va demander au père qui dirige le monastère, Anastase, de lui apprendre la technique. Cependant il ne peut pas dépasser le troisième niveau d'étude s'il n'épouse pas la religion orthodoxe, et donc être baptisé, ce qu'il accepte. Il reçoit alors le nom de « petit Anastase ». Mais, est-il sincère dans sa conversion, son Maître en doute mais ne laisse rien transparaître.


Avner apprend ainsi qu'on ne dit pas peindre mais écrire une icône, car elle est issue d'une méditation, et non un simple dessin. On parle d'iconographe pour désigner ces hommes qui écrivent une icône.


Il va donc commencer un voyage initiatique, Acre, Mar Saba, et plus tard Capharnaüm, Bethléem, Jérusalem apprenant le Grec, les prières orthodoxes, retrouver les chants liturgiques qu'il aime tant, se frottant à la jalousie des autres moines parce qu'il est très doué, pour choisir le meilleur bois pour le support inventer des mélanges, pour créer de nouvelles couleurs, notamment un bleu azur qui va déclencher les hostilités.


Mansour, un marchand ambulant musulman qu’il rencontre au cours de son voyage, va lui expliquer les principes de l'Islam et devenir son ami au fil du temps, il prie avec lui pendant les voyages, chacun dans « sa langue » et Mansour lui explique comment tourner sa natte vers la Kaaba, baisser la tête par humilité…


Ce voyage que l'on peut qualifier d'initiatique va être une longue méditation, un long chemin pour comprendre ce que représente une icône, et que l'on doit se débarrasser le l'orgueil au passage.

Un des points forts du livre est la scène ou Avner dont l'icône a été choisie trois années de suite par l'évêque, l'higoumène pour être précis, va être obligé de brûler tout son travail, toutes les icônes qu'il a écrites, car les autres moines les jugeaient blasphématoires. Un jugement bâclé ne l’autorisera à garder que celle représentant la Vierge sous les traits de Myriam.


Mais sursaut d'orgueil, encore une fois, il va la brûler, elle-aussi avant de quitter le monastère.


Les échanges entre Mansour et Avner sur la religion (qui vient du verbe latin religare signifiant relier, unir), sur les différences, et les similitudes, les intolérances de chacun vis-à-vis des autres et les réflexions sur l'orgueil, la sagesse et la charité sont approfondies, étayées.


« L’homme qui aimait peindre les âmes » est un roman de fiction, mais il propose une réflexion profonde sur la vie, sur les êtres humains, la religion que l'on peut lire à différents degrés comme on le voudra. C’est aussi un magnifique pèlerinage en Palestine qui fait voyager sur les traces de Jésus.


Tout est soigné dans ce roman, l'écriture, le titre. Une belle rencontre littéraire et artistique que je ne peux que vous recommander !


Bonne Lecture !


Pascal François


L’homme qui peignait les âmes – Metin Arditi – Ed. Grasset – 06/2021 – 304 pages

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