Fondation - premier cycle - d'Isaac Asimov


Isaac Asimov est un auteur américain né en 1920 à Petrovichi (Russie) et mort en 1992 à New York.


Professeur de biochimie à l’université de Boston, c’est un écrivain prolifique, mondialement connu pour ses œuvres de Science-Fiction, de vulgarisation scientifique, mais également pour ses romans policiers.


Il y a même un cratère sur Mars qui porte son nom !


Son influence est immense, ses grands cycles (Cycle des robots, Cycle de l’empire et Cycle de Fondation) ont façonné, bien au-delà du cercle des amateurs de SF et même des connaisseurs de son œuvre, la vision que nous nous faisons du futur, tant sur le plan technologique que dans l’organisation sociologique et politique de l’humanité.


Parmi ses inventions les plus marquantes, citons les trois lois de la robotique, la colonisation de la galaxie par l’homme, la constitution d’un Empire galactique (abondamment repris dans toutes les œuvres littéraires et cinématographiques traitant du futur depuis lors) la psychohistoire, les modalités des voyages interstellaires et finalement la vision de la Galaxie comme un unique grand corps vivant…


Ce premier cycle de Fondation est un monument littéraire, adulé et incontournable à tel point qu’il a reçu en 1966 l’unique prix Hugo venu récompenser « la meilleure série SF de tous les temps ».


La série complète comprend sept ouvrages écrits à 3 périodes distinctes :

  • Le premier Cycle compte trois tomes : Fondation (1951), Fondation & Empire (1952) et Seconde Fondation(1953). En réalité, les 2 premiers tomes sont des compilations de nouvelles publiées de 1942 à 1950 dans la revue US « Astounding Science-Fiction ».

  • En 1982 et 1986 paraissent Fondation foudroyée et Terre et Fondation, suite des 3 premiers romans et qui viennent clôturer de façon magistrale l’oeuvre de Asimov en reliant ses trois grands cycles.

  • En 1988 paraît Prélude à Fondation et en 1993 L’aube de Fondation, préquelles du premier cycle, et qui entrent en profondeur dans la vie sur Trantor et les origines de la psychohistoire.

Nous nous concentrerons sur les trois premiers romans, qui constituent le cœur de la série, là où se retrouvent l’essentiel des grands concepts portés par la saga.


Le livre 1 nous projette de 22000 ans dans le futur de l’humanité. L’homme s’est répandu dans toute la galaxie dont il occupe les 25 millions de planètes. Cet ensemble gigantesque de 1000 Milliards d’êtres humains est régi par un empire galactique dont la capitale est Trantor, une immense planète-cité qui administre la galaxie sous l’autorité de dynasties impériales.


Cette organisation, vieille de 12000 années durant lesquelles ne s’est produit aucun heurt majeur, est subitement bousculée par Hari Seldon qui a inventé la Psychohistoire. Cette science mathématique est capable de décrire le futur de l’humanité en s’appuyant sur l’inertie des courants historiques et sociaux appliqués à un ensemble très important d’individus.


Seldon affirme, alors que rien ne semble le laisser supposer, que l’empire va s’effondrer sous 500 ans, et que s’ensuivra une période de barbarie dans la galaxie longue de 30 millénaires, avant qu’un nouvel ordre ne puisse y mettre un terme.


Une alternative à ces sinistres présages (on l’appelle « Cassandre Seldon » sur Trantor) : créer, sur une planète reculée, une fondation humaine qui rédigera une grande encyclopédie, compilation de toutes les connaissances humaines : ceci permettrait de réduire à 1000 ans la période de chaos, et de fonder un nouvel empire ayant pour centre la fondation.


Les dignitaires de l’empire, sans croire aux « prophéties » de Seldon, l’autorisent finalement à quitter Trantor pour s’installer, avec 20000 familles de ses collaborateurs, sur la planète Terminus. Celle-ci est située aux confins de la galaxie, laissant toute latitude aux encyclopédistes pour s’atteler à leur ouvrage. Ils ignorent cependant que Seldon a également créé une seconde fondation située à « Stars End », là où finissent les étoiles, selon les propos énigmatiques du grand savant…


Tout au long du roman, nous suivrons l’évolution de la fondation sur Terminus, existence ponctuée par une série de crises dites « crises Seldon », celles où se conjuguent une menace extérieure et un déséquilibre intérieur.


Pour dénouer ces crises et maintenir le plan Seldon sur les rails, se succéderont de grandes figures dont nous suivrons l’action avant qu’elles ne deviennent des personnages historiques de la fondation. Elles sont inspirées par le principe de Salvor Harding, premier grand maire de Terminus qui prône la prééminence de l’intelligence sur la force « dernier refuge de l’incompétence ».


Ce sont par de judicieuses décisions (ou non décisions) de nature politique, technologique, géopolitiques ou même religieuse, que durant plusieurs centaines d’années, à l’insu d’un empire déclinant, la fondation prospère sur Terminus. Seldon vient ponctuer le dénouement de chaque crise par une intervention holographique pré-enregistrée, confirmant la bonne exécution de son plan.


Le livre 2 décrit les deux principales menaces auxquelles va être confrontée la fondation quelques centaines d’années après sa création : tout d’abord, une guerre contre Bel Riose, un général ambitieux du « vieil empire » en voie de désintégration. Au bord du gouffre, et conformément aux calculs de Seldon, la fondation s’en sort grâce à la déliquescence politique de l’ancien pouvoir.


Vient ensuite « le mulet », mystérieux mutant que personne, en dehors de son bouffon « magnifico » ne semble avoir réellement vu, mais qui de victoire en victoire conquiert peu à peu la galaxie. Les pouvoirs mentaux du mulet semblent contrecarrer le plan Seldon et la fondation tombe sous le joug de cet étrange envahisseur.


Le livre 3, sans trop en dévoiler, évoque l’existence de la « seconde fondation » dont personne ne sait exactement où elle est située, mais dont l’intervention seule semble pouvoir remettre le plan Seldon sur les bons rails.


Le style d’Asimov est minimaliste, l’auteur prétend toucher directement l’intellect de ses lecteurs, sans artifices émotionnels, préférant la puissance de l’évocation à de longues descriptions détaillées des lieux ou des personnages. Ces derniers jouent leur rôle et se retirent en devenant quelques belles pages dans « l’Encyclopédia Galactica », mais nous laissent rarement le temps de nous attacher totalement à eux.


Cette dimension totalement cérébrale de l’œuvre en est le principal attrait mais aussi la limite pour les amoureux de grandes sensations littéraires. L’échec artistique (cuisant de mon point de vue) de la série en cours sur Apple TV vient rappeler combien cette histoire est difficile à romancer.


Pour les autres, la précision chirurgicale du propos, l’envergure de l’imaginaire déployé, et finalement l’extrême humanisme de l’ensemble, justifient l’admiration sans borne dont Fondation bénéficie depuis 70 ans. Vous aurez compris dans quelle catégorie je m’inscris et le conseil que je vous donne.


Eric Le Ker


Fondation - premier cycle - Isaac Asimov

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