• Pascal Francois

La Traversée des Temps - Paradis Perdus - d'Eric-Emmanuel Schmitt



Entre pièces de théâtre, romans et conférences, j’avoue que je suis un peu fan d’Éric-Emmanuel Schmitt. Il ferait probablement partie de mon panthéon littéraire des esthètes de la littérature, si je devais en avoir un. Alors « La Traversée des temps » ne pouvait qu’entrer dans ma PAL, et en bonne place.


Et voilà, lu depuis un mois, je me suis donné un peu de temps pour avaler ce livre « gargantuesque » tant il est riche de détails, de sens, de significations ! Pour enfin pouvoir vous en parler aujourd’hui.


« La Traversée des temps » est une entreprise littéraire titanesque que l’auteur a commencé avec ce premier tome « Paradis Perdus ». Il n’a ni plus ni moins prévu que de revisiter l’histoire du monde dans une saga en 8 volumes qui nous conduira de la fin du Néolithique jusqu’aux révolutions industrielles et techniques.

Mais autant le dire tout de suite, il ne faut pas s’attendre à un roman historique classique. Non, c’est du Eric-Emmanuel Schmitt ! Et dès ce premier tome, on se sent embarquer dans une odyssée pour laquelle il faut s’attendre à de nombreuses surprises.


Tout commence par :


« Un Frisson. D’abord un frisson, insistant. Le frisson pèse, file s’étend, lézarde, se multiplie, devenant deux, quinze, cinquante frissons qui conquièrent la peau, réveillent les sens. L’homme ouvre les paupières »


Nous sommes à 18 km de Beyrouth, dans une grotte, en ce début de XXI° siècle. Nous faisons connaissance avec Noam qui vient de se réveiller d’un sommeil de plusieurs siècles. Noam est immortel, mais au début du livre il ne le sait pas encore. Il vient de se réveiller dans un monde où l’on s’écrit avec des boites lumineuses… Il a simplement conscience qu’il doit écrire son épopée à travers le temps pour témoigner.


Car Noam est né il y a 8000 ans. La première partie du roman « Le Lac » nous entraîne dans « dans un pays de ruisseaux et de rivière, au bord d'un lac. Une terre nourricière qui donne et entretient la vie… Nous entrons dans ce fameux paradis terrestre. Un temps où les hommes ne se considèrent pas supérieurs à la nature : c'est elle qui est souveraine. Noam, fils de chef, jeune homme paisible destiné à reprendre la suite de son père, chef incontesté, va rencontrer l’amour en la personne de Noura, jeune femme, belle, vive, intelligente mais indomptable. Il devra se battre, renoncer, s’écarter pour enfin l’avoir… Car déjà la loi du plus fort, des inimitiés existent entre les hommes.


Puis vient le temps du « Déluge », seconde partie du roman, la nature se manifeste, gronde, se révolte. Cet événement dramatique marque un changement pour l'humanité, mais aussi pour Noam. Lui qui se croyait mortel va embrasser malgré lui l’immortalité. Mais l'immortalité, est-elle un cadeau ou un fardeau ? Comment vivre au milieu des autres, avec une différence qui fait peur ?


Ce livre est totalement immersif. Il raconte les hommes , cultivateurs, guerriers, et les femmes, épouses et mères, mais femmes avant tout. Il raconte la terre, la nature, matrices de tout ! Rien ne manque.


S’il y a une intrigue dans le roman, bien construite d’ailleurs, elle est là pour donner du rythme, tenir en haleine le lecteur, mais elle n’est pas l’essence du livre. Celle-ci est ailleurs.


Ce livre est un conte philosophique, comme tous les livres d’Eric-Emmanuel Schmitt, car ne l’oublions pas l’auteur est agrégé de philosophie.


Il nous fait aborder la philosophie de ces hommes, empreinte de sagesse, qui laisse entrevoir les mutations que le progrès engendrera sur les relations entre les hommes et sur celles entre la nature et l'humain. Il laisse révéler la sagesse de la nature, celle de ces temps anciens, où l'homme était à son écoute et trouvait en elle tout ce dont il avait besoin.


Avec « Paradis Perdus » on ne lit pas un livre, On lit un auteur. Et quel auteur ! Il n'écrit pas, il nous conte. Il conte l'azur vif, les torrents bavards, la douceur du crépuscule, les étoiles réconfortantes d’un temps où la nature sait. Car l'homme d'aujourd'hui a beau se glorifier il n'a rien inventé.

Ce livre c’est aussi la confrontation de deux mondes, de deux vies, celle d’avant où on ne sait pas tout, quoique… à la lecture du livre on se laisse souvent surprendre par la connaissance de nos ancêtres. Et celle d'aujourd'hui, où l'on croit tout savoir et où on ne maitrise plus grand chose, tant l'homme c'est écarté de cette nature.


Noam, Tibor, Ponnoam, Mina, Noura, Barak, Derek, Tita. Vous restez dans nos têtes.


Vous êtes les ancêtres dont nous avons rêvés. Vous êtes la famille que nous aimerions avoir, pleine de sagesse, de force, de simplicité, d’humilité. Tout ce qui manque à notre société d’aujourdhui…


Paradis Perdus, c’est le premier roman d'une belle saga à venir écrite par un homme inspiré et inspirant, un homme initié et initiant !


Laissez-vous initier à ces Paradis Perdus !


Bonne Lecture


La Traversée des Temps -1- Paradis Perdus - Éric-Emmanuel Schmitt – Albin Michel – 02/2021 – 576 pages


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