• Françoise Fesneau

Le Train des enfants - de Viola Ardone


Aujourd’hui je vous propose de découvrir Viola Ardone, une auteure italienne, professeure de Lettres, qui vient de publier un roman magnifique chez Albin Michel, «Le Train des Enfants ».


Ce livre nous conduit dans l’Italie de l’après-guerre, du nord au Sud, de Naples à Modène, pour nous faire revivre l’histoire d’enfants déplacés pour une bonne cause, mais déplacés tout de même.


Ce livre écrit Viola Ardone se base sur des faits historiques et réels, après avoir recueilli le témoignage d’un vieil homme ayant vécu cette période.


Au sortir de la seconde guerre mondiale, l'Italie s’est retrouvée ruinée et détruite. Le sud, déjà fragilisé par un manque d’industries, d’emplois ne pouvait subvenir aux besoins des familles et donc des enfants. Le Parti communiste, après avoir combattu les allemands, se décide à mener un autre combat celui contre la misère, la pauvreté qui règnent dans le Sud du Pays.


Naples, Italie du sud, en 1946. Amerigo, 7 ans vit seul avec sa mère Antonietta. Cette dernière gagne très difficilement sa vie en effectuant des travaux de couture. Amerigo est très dégourdi, vit dans la rue avec ses copains de misère. Il est fort en math, aime la musique mais vit dans une grande pauvreté . Un point important : il aime les chaussures et cela le suivra jusqu’aux dernières pages du livre…


Des femmes du parti communiste passent de village en village afin de proposer la prise en charge d’un des enfants de ces familles appauvries par la guerre par une famille d’accueil dans le nord du pays.


Antonietta, la mère d’Amerigo, ne semble pas convaincue de l’utilité de ce geste proposé par ces femmes mais devant le manque de moyens, la pauvreté qui est la sienne, va laisser partir Amerigo, à regret. Le jour du départ, regroupé dans la gare, un manteau et une paire de chaussures neuves sont distribués à chaque enfant., Amerigo ne part pas seul. Il y a Tommasino, son copain d’enfance et la petite Mariuccia. Chacun part pour l’inconnu, et trouvera son propre destin de l'autre côté de la péninsule.


Lorsque le train arrive à destination, au bout d’un long voyage, les enfants sont regroupés dans une salle décorée, avec de la nourriture en quantité : ils n’en croient pas leurs yeux, eux qui avien pour seul décor la rue et misère du Sud du Pays. Les parents commencent à arriver pour récupérer l’enfant qui va vivre avec eux.


Amérigo est partagé entre la peur de l’inconnu, de ne pas être avec sa mère, et la joie de découvrir une vie plus douce. Il va vivre une belle histoire avec une personne qui vit seule. Les débuts sont hésitants mais la relation va s’établir. Il découvre l’école, le violon et le plaisir d’apprendre.


Et puis le jour du retour vers le sud arrive…. Antonietta n’aura de cesse qu’Amérigo coupe tous les liens qui auraient pu être préservés avec ceux qui l'ont accueilli. Au point que, quelques années plus tard, Amerigo va se sauver de chez lui, et rejoindre le Nord, en rupture de ban avec sa famille. Là, il apprendra la musique et deviendra concertiste.

C'est d'ailleurs le concertiste, habitué aux déplacements internationaux, que l'on retrouve dans la dernière partie, alors qu'il revient pour enterrer Antonietta.


« Le Train des enfants » est un livre bouleversant car il nous raconte l’histoire de plusieurs dizaines de milliers d’enfants du sud du pays placés dans des familles d’accueil dans le nord de l’Italie. Mais comment sortir indemne d’un tel déplacement, d'un tel bouleversement, qui pour certains à duré plusieurs années. ?


Dans le livre Viola Ardone a choisi de faire parler l’enfant, d’où un texte simple pour une bonne partie du roman. Pour autant, cette fluidité et cette fraîcheur sont agréables. La dernière partie, c’est Amérigo adulte qui s’exprime et le style est plus soutenu. Tous les personnages sont attachants , dépeints sans fard dans des situations parfois sobres ou ambiguës. Des personnages délicats, ni tout blancs , ni tout noirs , simplement humains .Et que dire de la relation Antonietta- Amerigo ? Une relation complexe mère-fils, faite d’amour, de regrets, et de jalousie…


J’ai aimé ce livre. Il traite d’un sujet grave, qui a sans doute marqué une génération entière d’italiens, mais il est traité avec douceur et tendresse. J’ai été traversée par beaucoup de sentiments au fil de ma lecture. Je me suis placée en tant que mère et devoir laisser partir un enfant si petit a probablement déchiré le cœur de ses parents.


aux éditions Albin Michel - 01/2021

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