Lunar Park - de Bret Easton Ellis


Bret Easton Ellis est considéré comme l’enfant terrible de la littérature américaine.


Né en 1964, il est un des principaux acteurs du mouvement « génération X » et souvent considéré comme un auteur nihiliste. En 1985, il publie à 21 ans son premier roman, « Moins que zéro », qui détaille sans aucune complaisance et dans un style minimaliste et intime la dépravation et la vacuité de la vie de jeunes américains dans les années 80 sur la côte ouest des USA.


Il obtient son plus grand triomphe littéraire en 1991 avec « American psycho », roman effroyable et controversé qui décrit le quotidien New-Yorkais et le psychisme de Patrick Bateman, trader le jour et serial killer la nuit à New York. Ce livre est désormais très souvent classé parmi les chefs d’œuvre de la littérature américaine contemporaine et a été adapté en 2000 au cinéma dans un film à succès où Christian Bale joue le rôle principal.


Paru en 2005, Lunar Park est le sixième roman de Bret Easton Ellis. Désireux de retrouver la simplicité et la spontanéité de ses premiers ouvrages, l’auteur prend ses lecteurs par surprise en se lançant dans une autofiction : il endosse sans états d’âme ni complaisance le passé dépravé des personnages de ses précédents romans (notamment Clay dans « Moins que zéro »), et s’invente une nouvelle vie à visée rédemptrice.


En effet, l’écrivain (comme il se désigne lui-même) est las de sa vie de débauche et de luxure : il décide d’épouser Jayne Dennis, célèbre actrice dont il a eu un fils Robby désormais adolescent. La famille, complétée par la jeune Sarah, fille de Jayne, s’installe dans une luxueuse propriété d’un quartier non moins huppé sur la côte Est et cherche à mener une vie « normale ».


Mais dès le début du livre, on comprend qu’avec Bret rien ne peut être vraiment normal : ses démons passés (drogue, alcool, coucheries…) n’en ont pas fini avec lui. Il ne parvient pas à communiquer avec son fils qui semble s’intéresser de trop près à de mystérieuses disparitions d’adolescents, la peluche de Sarah (un volatile nommé « Terby ») semble vivante et hostile, la maison subit d’étranges transformations qu’il est le seul à voir, et surtout, un jeune homme ressemblant beaucoup trop au Patrick Bateman de « American psycho » croise de plus en plus souvent son chemin, y compris à l’université où il donne des cours…

L’écrivain perd pied peu à peu, ne parvenant plus réellement à distinguer le réel de ses phobies, et réalisant progressivement que c’est lui qui apporte le trouble et la perturbation dans une maison où il pensait trouver un refuge et une vie stable.


Bret Easton Ellis livre des pages au sein desquelles il s’expose sans aucune retenue : ses peurs, ses faiblesses, ses remords, alimentent un récit flamboyant qui puise tantôt chez Stephen King, tantôt chez F. Scott Fitzgerald pour composer un ensemble baroque et addictif.


Ce « fourre-tout » littéraire vient servir une longue confession qui surprend par la profondeur des thèmes abordés : les rapports père fils, l’incommunication entre les êtres, l’impossibilité de s’affranchir du passé, la culpabilité et l’incapacité des êtres à changer, l’éducation et ses dérives…


Avec le brio qui le caractérise, un sens du rythme de la description et du détail qui n’appartiennent qu’aux plus grands, Ellis parvient à nous embarquer dans son capharnaüm littéraire, et à nous toucher profondément, notamment lorsqu’il se réfère à ses rapports avec son père en miroir à ceux qu’il entretient avec son fils fictif.


Il réussit magistralement son entrée, la scène de la fête dans la villa, ainsi que sa fin de roman, celle des cendres de son père, qui compteront parmi les pages les plus marquantes et touchantes qu’il m’ait été donné de lire.


Lunar Park se révèle finalement comme l’ouvrage qui nous offre les clés de l’ensemble de l’œuvre de Bret Easton Ellis.


Si vous n’avez encore jamais rien lu de cet auteur, je vous conseille de ce fait d’aborder Lunar Park de préférence après ses précédents romans (notamment « Moins que zéro », « American psycho » et « Les lois de l’attraction »), vous entrerez alors dans l’univers singulier de cet écrivain majeur, et en saisirez toutes les nuances.


Lunar Park a reçu de très nombreuses récompenses, notamment en France le prix du meilleur roman 2005 de la revue Lire. Lancez-vous il n’est jamais trop tard pour bien faire !


Eric Le Ker


Lunar Park – Bret Easton Ellis – Robert Laffont - 10/2005 - 380 pages


117 vues2 commentaires