Si la bête s'éveille - de Frédéric Lepage - Prix du meilleur roman policier francophone 2021


Né en 1960, Frédéric Lepage est avant tout l’auteur et le producteur de plusieurs centaines d’émissions et documentaires. Beaucoup de ses travaux sont en rapport avec la nature et les animaux sauvages, dont son premier film, « Sunny et l’Eléphant » tourné en Thaïlande et sorti en France en 2008.


Sa carrière d’écrivain est ponctuée de nombreux succès, avec plusieurs romans au retentissement international, tels que « la fin du septième jour » ou « la mémoire interdite ». Il est également auteur d’essais dans des domaines aussi variés que la science, la religion ou la gastronomie (« à table avec Jacques Chirac » !).


La consécration littéraire arrive en 2021 avec ce roman « si la bête s’éveille » (« criminal kingdom » en anglais) qui reçoit le prestigieux prix du meilleur roman francophone au festival du polar de cognac.


Cette œuvre est effectivement celle d’un « touche à tout » aux centres d’intérêt multiples et variés. Frédéric Lepage y aborde de nombreux sujets qui semblent le passionner. En vrac : le handicap, le comportement animal, la nature profonde de l’homme, la spiritualité, la dépression, le funambulisme, le deuil d’un être cher, la fascination pour New-York et bien entendu les énigmes policières.


Entrons dans le vif du sujet : Adam est un jeune inspecteur du NYPD (New York Police Department). Elevé par sa grand-mère, décédée quelques années plus tôt dans des circonstances dramatiques, il s’apprête à quitter son appartement de célibataire pour emménager dans un bel immeuble situé à Central Harlem, à 2 pas de l’immense église « Saint John The Divine ». Sa promise, Angelina, n’est autre que la capitaine de l’unité où travaille Adam ; profondément épris l’un de l’autre, ils vont avoir un enfant et projettent de se marier.


Mais la vie en décide autrement : attaqué à son domicile, Adam devient paralysé et s’engage dans un combat long et incertain pour retrouver son autonomie physique. Il choisit de retarder son emménagement avec Angelina afin de se focaliser sur cette tâche. Pour l’aider dans son quotidien, on lui confie Clara, un singe capucin dressé en vue de l’assister dans ses tâches courantes.


Angelina peut dès lors, en attendant le terme de sa grossesse, se consacrer pleinement à son travail et à enquêter notamment sur un terrible meurtre : une adolescente retrouvée sauvagement assassinée dans une pièce fermée de l’intérieur au sein du « Dakota Building » à l’ouest de Central Park (celui devant lequel John Lennon a été assassiné, et qui a servi de lieu de tournage au fameux « Rosemary’s baby » de Polanski).

Adam va-t-il retrouver ses moyens physiques ? Comment sa surprenante aide-ménagère va-t-elle l’y aider ? Comment va-t-il assister Angelina dans la résolution d’une affaire à priori insoluble ? Par qui et pourquoi le jeune policier a-t-il été attaqué ?


Ce roman étonnant échappe avec élégance aux multiples obstacles qui auraient pu nuire à la fluidité du récit et à la qualité du suspense. La profusion des thèmes vient au contraire enrichir la narration, mention spéciale à l’étude des comportements animaux à la rescousse de l’enquête policière qui patine. Les scènes « intimes » entre Clara et Adam sont particulièrement réussies, de même que tous les personnages du roman, même les secondaires, crédibles et parfaitement campés.


A titre personnel, j’apprécie en outre le traitement moderne et astucieux de la classique énigme du « meurtre en chambre close » chère à Gaston Leroux ou John Dickson Carr.


Les seules réserves que j’entrevois sont peut-être celles d’un trop plein d’idées qui peut parfois laisser le lecteur sur sa faim (mais c’est également ce qui fait la richesse du récit), ainsi que la résolution un peu rapide de l’énigme sur l’agresseur d’Adam.


Pour le reste, voici un thriller original, qui fait appel à l’ouverture d’esprit et à l’intelligence émotionnelle de ses lecteurs, et qui évite plutôt la surenchère d’hémoglobine dont nous sommes aujourd’hui souvent gratifiés : je le recommande donc sans réserve.


Eric Le Ker


Si la bête s’éveille – Frédéric Lepage – Editions Plon - 2021


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