sur les traces du Goncourt 2021 : 8 - Milwaukee blues - de Louis-Philippe Dalembert

Chaque année, le Prix GONCOURT, agé de 118 ans, est le rendez-vous incontournable des prix littéraires de l'automne. Au Plaisir de Lire se propose jusqu'au 3 Novembre ( date de révélation du prix de l'année ) de faire un détour parmi les romans en compétition pour vous les faire découvrir ...


Aujourd'hui : MILWAUKEE BLUES, de Louis-Philippe Dalembert - paru aux éditions Sabine Wespieser en août 2021.


Dans Milwaukee Blues (Sabine Wespieser), l'écrivain Louis-Philippe Dalembert soulève le sujet des violences policières. Paru le 26 août, le roman s'inspire de l'affaire George Floyd, du nom du citoyen afro-américain, mort étouffé lors de son interpellation par plusieurs policiers dont Derek Chauvin, le à Minneapolis aux États-Unis.


Près d'un an plus tard, le livre de Louis-Philippe Dalembert trace le parcours d'Emmett, en hommage à Emmett Till, un adolescent noir massacré par des racistes blancs en 1955.


Depuis qu’il a composé le nine one one, le gérant pakistanais de la supérette de Franklin Heights, un quartier au nord de Milwaukee, ne dort plus : ses cauchemars sont habités de visages noirs hurlant « Je ne peux plus respirer ». Jamais il n’aurait dû appeler le numéro d’urgence pour un billet de banque suspect. Mais il est trop tard, et les médias du monde entier ne cessent de lui rappeler la mort effroyable de son client de passage, étouffé par le genou d’un policier.


Le destin rêvé du jeune protagoniste est brisé lorsque le gérant pakistanais de la supérette de Franklin Heights, un quartier au nord de Milwaukee, appelle la police pour un billet de banque suspect. Le vendeur est depuis hanté par l'image de la mort atroce de son client, un Noir, étouffé par le genou d'un agent. Le portrait d'Emett, l'homme assassiné, se dessine à travers différentes voix qui s'élèvent, succédant au monologue tourmenté du commerçant.


Son ancienne institutrice et ses amis d’enfance se souviennent d’un bon petit élevé seul par une mère très pieuse, et qui filait droit, tout à sa passion pour le ballon ovale. Plus tard, son coach à l’université où il a obtenu une bourse, de même que sa fiancée de l’époque, sont frappés par le manque d’assurance de ce grand garçon timide, pourtant devenu la star du campus.


Tout lui sourit, jusqu’à un accident qui l’immobilise quelques mois… Son coach, qui le traite comme un fils, lui conseille de redoubler, mais Emmett préfère tenter la Draft, la sélection par une franchise professionnelle. L’échec fait alors basculer son destin, et c’est un homme voué à collectionner les petits boulots, toujours harassé, qui des années plus tard reviendra dans sa ville natale, jusqu’au drame sur lequel s’ouvre le roman.


La force de ce livre, c’est de brosser de façon poignante et tendre le portrait d’un homme ordinaire que sa mort terrifiante a sorti du lot. Avec la verve et l’humour qui lui sont coutumiers, l’écrivain nous le rend aimable et familier, tout en affirmant, par la voix de Ma Robinson, l’ex-gardienne de prison devenue pasteure, sa foi dans une humanité meilleure.


Pascal François

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