Sur les traces du Goncourt 2021 : La carte postale - d'Anne Berest


Anne Berest, romancière, scénariste, livre avec la carte Postale son 7ème roman, une fresque inspirée de son histoire familiale, où elle retrace le passé au travers d’une enquête qui la conduira à une grande réflexion sur le sentiment de la judaïté.


La carte postale dont il est question dans le livre est particulière : arrivée en 2003 dans la boîte aux lettres maternelle, celle de Lélia, est anonyme et énigmatique. Juste quatre prénoms, quatre membres de la famille Rabinovitch, les aïeux d'Anne : Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Ils ont pour point commun une fin de vie inhumaine dans les camps de la mort, simplement parce qu'ils étaient juifs.


Personne dans la famille ne veut approfondir et comprendre qui a bien pu envoyer cette carte. L'histoire en reste là jusqu'au jour où Anne est sur le point d'accoucher de sa fille, et elle veut savoir, au grand dam de Lélia…Il est temps d'ouvrir la porte aux souvenirs…


La première partie du livre nous emmène à la rencontre des membres de la famille Rabinovitch, cinq générations en arrière dans la Russie nouvellement soviétique, nous sommes en 1919. On découvre Nachman et son épouse, les enfants Ephraïm, Boris, Emmanuel, puis les trois enfants d'Ephraïm et son épouse : Myriam, Noémie et Jacques, leur vie en Russie puis les différents exodes : Riga en Estonie où la réussite professionnelle d'Ephraim dérange les autochtones, puis la Palestine où ils rejoignent Nachman qui y réside entretenant son orangeraie.


Très lucide, ce dernier a toujours dû fuir pogroms et persécutions pour survivre. Il conseille à tous de partir aux USA, mais personne ne l'écoute. Boris choisit la Pologne d'où est originaire son épouse et, les deux autres Paris. Que pourrait-il bien leur arriver, puisqu'ils se sont intégrés ?


Le roman nous fait découvrir comment Lélia, la mère de l’auteure, a mené sa propre enquête pour reconstituer cette histoire familiale. Elle nous conduit jusqu' à Auschwitz, là où finissent par arriver Noémie, Jacques, puis Ephraim et Emma...


Dans la deuxième partie, on se situe dans la période actuelle, la fille d'Anne a entendu dans la cour de récréation un copain marocain qui n'aime pas les Juifs. Plus jamais cela disait-on à une époque… et comment réagir, surtout quand on n'est pas pratiquant. L'auteure nous fait partager sa vie et ses interrogations. Ce n'est pas neutre d'être la descente d'Ephraïm et d'Emma. Qu'y-a-t-il en elle de Myriam, de Noémie ?


Lélia n'entend pas rester les bras croisés. Cela va relancer les recherches sur la personne qui a envoyé la fameuse carte. Et ce sera la surprise de la fin du livre…


Anne Berest dévoile dans cette partie les difficultés à retrouver les archives, les traces de la famille. Les recherches sont sidérantes, car la France ne veut pas reconnaître la déportation, il faut tout enfouir sous une chape de plomb.


Avec ce livre, Anne Berest nous livre le parcours romanesque et tragique des Rabinovitch, le roman d'une enquête qui est aussi une quête personnelle. L'auteure écrit avec sobriété. Les faits, racontés au présent, en appellent suffisamment à l'émotion.


C'est aussi une histoire de transmission et une histoire de femmes, de ce que l'on veut transmettre et ce qu'on n'est pas arrivé à transmettre. On rentre dans l'histoire de sa famille, de chacun, chacune, et de se reconnaitre en eux. Et d'en être fiers.


La carte postale est un ouvrage incontournable, captivant comme un thriller. Un grand roman, nécessaire, d'un passé qui ne doit pas s'oublier. Un roman marquant, un des grands romans de la rentrée littéraire.


Un énorme coup de cœur !


Bonne Lecture


Pascal François


La carte postale – Anne Berest – Grasset – 08/2021 – 512 pages


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