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  • Photo du rédacteurEric Le Ker

Ubik - de Philip K.Dick


Bienvenue dans le monde déjanté du génial Philippe K. Dick !


Écrivain majeur de Science-Fiction, il en est l’un des rejetons les plus étranges tant il s’est employé à brouiller les pistes, casser les codes et en inventer de nouveaux.


Né en 1928 à Chicago, et décédé en 1982, Il est probablement l’auteur de SF dont les adaptations cinématographiques ont généré le plus de blockbusters : « les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?» qui deviendra le célébrissime « Blade Runner » sous la caméra de Ridley Scott, « Total Recall » tourné par Paul Verhoven, ou encore « minority report » adapté par Spielberg.


En 1962, il gagne le prix Hugo avec « le maitre du haut château », roman dans lequel il imagine un monde contemporain dans lequel L’Allemagne et le Japon ont gagné la seconde guerre mondiale !


Sa vie est marquée par une instabilité chronique, alternant les divorces tapageurs avec la consommation frénétique de substances interdites, ce qui aura une grande influence sur une œuvre abondante (près de 300 romans et nouvelles), foisonnante et d’une incomparable originalité.


Ubik, écrit en 1966, est souvent considéré comme son roman le plus abouti. En 2005, le magazine time le classait comme un des 100 meilleurs romans en langue anglaise publiés après 1923.


On y retrouve en effet la quintessence des thèmes de prédilection de Philip K Dick.


Nous sommes en 1992, dans un monde où le capitalisme est porté à un point extrême, tout étant devenu marchand. Impossible par exemple d’utiliser votre cafetière ou de vos toilettes ou d’entrer dans votre appartement sans monnaie, chaque objet réclamant son dû sans ménagement !


Glen Runciter est le président de Runciter Associates, principale compagnie de lutte contre les pouvoirs des télépathes et des « précogs qui peuvent lire vos pensées et influencer votre avenir.


Parmi ses employés se trouve, Joe Chip, un jeune technicien surendetté et incapable de mener une vie sentimentale stable (le parfait jumeau littéraire de Philip K. Dick). Nous le suivons dans son appartement confronté à un quotidien délirant dont il semble cependant s’accommoder; par exemple, il démonte le verrou de sa porte pour pouvoir sortir de chez lui sans payer dans une scène pleine d’humour.


Confronté à une crise majeure, la disparition mystérieuse d’un des principaux télépathes contre lesquels lutte son organisation, Runciter consulte son épouse Ella, semi-morte conservée dans un état de cryogénisation permanent, avec laquelle il peut ponctuellement communiquer.


Supposant la préparation d’une attaque psychique de grande ampleur, Runciter réunit 11 de ses meilleurs éléments « intertiels » pour se rendre sur la lune afin de défendre les installations secrètes du magnat Stanton Mick. Une fois sur place, l’équipe est victime d’un attentat à la bombe au cours duquel Runciter semble être le seul à perdre la vie. Dès lors, la réalité commence à vaciller : les objets, puis les lieux et enfin les êtres humains commencent à régresser et à devenir de plus en plus anciens jusqu’à s’ancrer dans l’année 1939. Quoique décédé, Runciter fait de son côté des apparitions incongrues et cocasses, par exemple sur des billets de banque détenus par Joe Chip. Seuls les aérosols d’Ubik, mystérieux produit aux usage apparemment universels (ubiquité), protègent temporairement Joe des conséquences fatales de la régression dans laquelle il est engagé. Mais son monde est-il réel, et Runciter n’est-il finalement pas le seul à être resté vivant ?


Ce roman est un objet étrange qui supporte de multiples réflexions et interprétations. Les grands thèmes Dickiens y sont bien tous présents : l’uchronie, les paradoxes temporels dont il est le maître incontesté, l’adaptation de l’homme face à des objets aux comportements délirants, le macabre teinté d’humour, l’auto-dérision, l’échec matrimonial, et surtout les réalités parallèles et les mondes superposés. Dans son récit K Dick réalise le tour de force d’aligner la déconstruction de son roman, avec celle du monde qu’il décrit qui voit la réalité « refluer vers des formes antérieures ». Seule la pensée semble dès lors en mesure de rattacher les individus à une forme tangible d’existence…


« Ubik », malgré cette apparente complexité reste, comme tous les ouvrages de Dick, un vrai plaisir de lecture tant la mise en scène du temps qui régresse et les dialogues entre les personnages sont savoureux. Pour ma part, j’adore être plongé dans des univers incongrus, et Dick a un chic incontestable pour transposer des personnages ordinaires dans des réalités délirantes qu’il nous fait accepter comme parfaitement normales.


On sent de la gravité, de l’humour et de la profondeur, bref tous les ingrédients qui fondent les grands moments de lecture.


Eric Le Ker


Ubik - Philippe K. Dick - parution originale aux USA : 1969 - France 1970

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