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Le cerf-volant - de Laetitia Combani


L’une de nos premières chroniques, le 3 février dernier, portait sur le premier roman de Laetitia Combani, cinéaste, comédienne et désormais romancière, « La Tresse » dont le sujet était le destin parallèle de 3 femmes à travers le monde (voir la chronique), et dont j ‘écrivais que c’était un roman cinématographique qu’aurait pu tourner Claude Lelouch, tant l’écriture était visuelle.


Je reviens aujourd’hui avec son troisième roman « Le cerf-volant ». Le livre s’inscrit dans la lignée du premier puisqu’il s’agit à nouveau du destin des femmes, et d’une en particulier.


«Elle songe à la vie qui l’entraine et qui l’emporte, tel un fleuve impétueux, indifférente à ses tourments. La vie qui continue malgré tout, malgré absolument tout»


Cet excipit du roman en donne le ton, celui de la force de la vie qui peut l’emporter sur tout, malgré les difficultés, les tourments, les blessures, aussi profondes soient-elles !


Village de Mahäbalipuram, Inde. Léna est venu se réfugier dans ce petit village perdu du golfe du Bengale pour oublier, pour fuir sa vie d’avant en France, ses longues années d’enseignante militante, après le décès brutal de son conjoint Francois. Elle avait besoin de prendre du recul pour panser ses blessures, de se perdre pour mieux se retrouver.


Le destin met sur sa route Lalita, une petite indienne de 10 ans, une « Dalit » (la caste des intouchables), qui chaque matin joue avec un cerf-volant sur la plage face à l’hôtel où elle réside, une enfant muette, orpheline, la fille d’une videuse de latrine et d’un chasseur de rats. (On retrouve ici des références à son premier roman La Tresse – Lalita est la fille de Smita l’un des personnages de la Tresse).


Lalita sera le déclic qui va faire basculer la vie de Lena, non sans résistance, sans obstacle, une vie qu’elle va peu à peu reconstruire, avec une nouvelle famille, de coeur et d'âme.


Alors qu’au cours d’une baignade Lena est en train de se noyer, Lalita alerte les secours. Désireuse de montrer sa reconnaissance à cette enfant issue de la caste des Intouchables et frappée par un drame personnel, Léna se donne pour mission de lui apprendre à lire et à écrire.


Mais l’Inde n’est pas la France, et le poids des traditions, des castes est un carcan quasi intouchable.


« Naître fille ici est une malédiction […] Maintenir les filles dans l'ignorance est le plus sûr moyen de les assujettir, de museler leurs pensées, leurs désirs. En les privant d'instruction, on les enferme dans une prison à laquelle elles n'ont aucun moyen d'échapper. On leur retire toute perspective d'évolution dans la société. Le savoir est un pouvoir. L'éducation, la clé de la liberté »


Ces mots que lui tient Preeti, la responsable locale des Red Brigade (1) lui font comprendre qu’il faut aller plus loin. Lena décide alors de créer une école pour Lalita et tous les enfants qui n’y ont pas accès dans le village. Elle fera de Preeti son alliée dans cette aventure.


Le roman nous raconte le combat qui va être le sien pour conduire à bien son projet, les difficultés qu’elle rencontre avec une administration tatillonne et corrompue, les réticences des familles qui ne voient pas d’un bon œil l’envoi d’un enfant à l’école, car c’est un salaire en moins à la maison…


Le jour d’ouverture de l’école arrive et c'est une première victoire !


Plusieurs fois Lena va trébucher, être tentée par l’abandon face aux difficultés, aux décalages de la société indienne éloignée à sa pensée occidentale. Mais à chaque fois elle se relève, souvent provoquée par les autres, par les événements qui viennent la bousculer, la rappeler au devoir d’une vie qui doit être plus forte que tout.


Laetitia Combani tresse avec « le Cerf-Volant » à nouveau le récit de la vie de trois femmes hors du commun : Léna, Lalita et Preeti. Chacune a traversé l'enfer et lui a survécu. Pas besoin d'avoir le même sang pour être sœur, fille