• Pascal Francois

Les dames de Kimoto - de Sawako Ariyoshi


La littérature japonaise est pour moi une réelle occasion d’évasion tant les auteurs japonais cultivent l’art de l’authenticité dans leurs récits, transportant le lecteur occidental au pays du soleil levant, avec ses coutumes ancestrales, ses rites, ses traditions, ses cérémonies du Thé, et ses sakuras aux couleurs blanches et roses qui fleurissent chaque année au Printemps.


Le roman « Les dames de Kimoto », écrit en 1959, ne fait pas exception à la règle et Sawako Aryoshi, l’auteure du roman, qui a été l’une des figures emblématiques dans le domaine littéraire de la Génération des Cendres (1), nous immerge dans l’empire du soleil levant, pour traiter de l’un de ses sujets de prédilection : la condition féminine au Japon.


Je reviendrai vous parler prochainement d’un autre livre de celle qu’on appelait aussi la Simone de Beauvoir japonaise, « Le miroir des courtisanes », un très beau livre sur le destin tragique de deux femmes dans le Japon d’avant-guerre.


C’est au travers d'une fresque familiale matrilinéaire sur 4 générations, de Toyono la grand-mère , en passant par Hana, personnage central du roman, à Hanako, l'arrière petite-fille, que nous allons vivre sur près de 60 ans, la lente mais inexorable transformation de la société japonaise sur la première moitié du XX° siècle.


Au centre du roman, Hana, calme, rassurante, cultivée, raffinée fait le lien entre le passé et le futur. Mariée selon les rites ancestraux à un mari qu’elle n’a pas choisi. Elle va faire en sorte d'être une femme et une épouse modèle en respectant toutes les coutumes japonaises : elle maîtrise à la perfection la cérémonie du thé – le shamisen – elle accorde une grande importance au choix de ses kimonos et des obis– tout ce qui, à ses yeux, doit faire d'elle une femme "bien" dans le haut rang qu'elle occupe.


Elle se dévoue à sa famille et belle famille sans le moindre signe d’agacement. Elle est une mère sans reproche mais a du mal avec certains de ses enfants : son fils aîné manque d'ambition et de caractère tandis que sa fille Fumio est une véritable tornade. Avec Fumio, c'est la modernité qui fait souffler le vent de l'indépendance de la femme, mais ce sont aussi les temps qui changent, la guerre qui balaie les vieilles coutumes.


Comment arriver à concilier hier et demain ? Hana arrivera-t-elle à se retrouver avec sa fille, ou bien devra-t-elle attendre la génération suivante ?


‘’Le soleil éblouissant faisait monter un chaud parfum de la masse des gerbes. Hana se souvint que, dans l'art des parfums, on parlait "d'entendre" un parfum, plutôt que de le sentir. Ici, elle "entendait " l'automne.’’


Cet extrait du livre donne le ton du roman, celui de la recherche d’une certaine forme de perfection qui doit conduire au meilleur de soi pour le bien de tous. Être à sa place, immanquablement, quel que soit les circonstances…


Ce livre dévoile également au travers les différentes générations de personnages, l’inéluctable occidentalisation d’une société multiséculaire, l’évolution d’un mode de vie apportée par la jeunesse, et précipitée par la seconde guerre mondiale et la capitulation du pays en 1945.


Les conflits intergénérationnels entre les différentes femmes, s’ils sont emprunts de la marque de l'empire du soleil levant, sont aussi atemporels, reflétant l'éternelle incompréhension d'une génération à la suivante, et retrouvant l'harmonie avec la génération d'après sur le sens de l'évolution nécessaire à toute société.


Le livre est à l’image de la culture japonaise, magnifique, plein de poésies, de délicatesse. Mais il est aussi le reflet d’une rigueur absolue qui donne du sens à la société traditionnelle. C’est un roman qui prête à la réflexion sur le temps. Le meilleur est-il derrière-nous ou devant nous ?

L’écriture de Sawako Ariyoshi est fluide, dépouillée, raffinée, d’une élégance surannée, comme l’est le Japon traditionnel. Elle dresse des portraits psychologiques certes intimes, mais avec une profondeur des sentiments, qui elle, est bien universelle.


Ce livre est un tableau attachant, subtil et saisissant de la condition féminine au Japon aussi fragile qu'un cerisier en fleurs... « Les dames de Kimoto », c’est une évasion culturelle et littéraire assurée, et réussie !


Bonne Lecture !


Pascal François


Les Dames de Kimoto – Sawako Arioyshi – Editions Le Mercure de France – 11/2016 – 272 pages




(1) La « générations des cendres » est une expression servant à désigner les Japonais qui ont vécu leur enfance et/ou leur adolescence durant la guerre du Pacifique (1941-1945) et la période d'après-guerre. Nées entre 1929 et 1941, ces personnes ont été témoins de la mobilisation idéologique du peuple japonais pour soutenir l'effort de guerre, de l'effondrement de leur pays d'origine, militairement vaincu, puis de la vie quotidienne sous occupation étrangère.

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